Un réseau – c’est essentiel

Hier soir, en regardant les lits de notre service (plein à craquer comme d’habitude), j’ai réfléchi sur l’importance d’avoir un réseau. Une évidence pour les médecins du sommeil – il faut travailler avec les différentes services de l’hôpital – s’organiser pour enregistrer les enfants, les patients très handicapés, adresser les patients aux ORLs, aux psychiatres, aux orthopédistes… On a besoin aussi de nos réseaux pour se former, pour rester à jour avec les nouveaux techniques et pour en parler de nos cas difficiles. Les professionnels de santé ont des réseaux informels et formels, tel le Réseau Morphée, et je n’ose pas imaginer la vie d’un médecin du sommeil sans réseaux.

Les réseaux sont vitaux pour nos patients – et le cas de M. F fait la preuve. Ouvrier tout sa vie, l’inactivité physique suivante sa retraite lui a été récompensée par une prise de poids, une aggravation de son ronflement et par une somnolence qu’il n’a essayé point à résister – a un tel point qu’il ne faisait plus que manger et dormir. Qu’il considéré normal, vu qu’il avait 67 ans. Sa femme aussi : dans leur milieu campagnard c’est comme ça la retraite.

Entre en scène la femme de ménage de notre service du sommeil. Attachée à nous par un cordon ombilical depuis nous avons diagnostiqué son SAS il y a une dizaine d’années, toujours souriante et très bavarde, elle est devenue le gendarme de sa communauté en ce qui concerne le SAS. Je l’imagine en train de pousser les portes, enquêter pour le ronflement, les siestes inopinées, les pauses respiratoires et quand elle en trouve, elle oblige le malheureux de passer chez nous. Elle se trompe rarement. Pas question de ‘veux pas y aller, moi’. Elle explique au patient, à tout son entourage et probablement à l’immeuble entier ce qui va se passer chez nous, aide à la remplissage des questionnaires du sommeil, les formalités administratives et voilà. Un patient parfaitement préparé pour sa consultation, bien qu’il a parfois l’air d’un lapin immobilisé dans le faisceau lumineux de vos phares sur une route de campagne.

C’est comme ça qu’une population relativement défavorisée sur le plan de la santé est bien prise en charge, car du sommeil s’écoule une prise en charge des autres pathologies chroniques.

A chacun son réseau – on en a tous besoin.