Comment ne pas rater le Père Noel…

C’est le dernier jour – je me sens comme un gamin à l’approche des fêtes – nous allons fermer notre service pendant quelques jours, comme à chaque Noel. Tous les tracés ont été lus, toutes les lettres envoyées, les patients appareillés au sein de l’hôpital ont tous eu un relevé de machine, les dernières modifications de masques et des réglages faites. Je peux partir cœur léger, sachant que j’ai fait tout mon possible, et faire un tour des magasins afin d’acheter mes cadeaux de Noel (oui, je sais, j’aurais dû le faire il y a des semaines..)

Parfois les cadeaux qu’on place sous le sapin n’ont pas les effets escomptés : le papier cadeaux est déchiré et on voit clairement sur le visage de notre proche qu’il n’est pas de tout ce qu’il attendait. Et la même chose peut nous arriver en consultation. Hier, pour exemple. J’avais le devoir d’annoncer à deux patients des nouvelles – une (à mon avis) mauvaise et une bonne.

Comme toujours je commence par le plus difficile. A l’approche des fêtes je n’avais pas vraiment envie de pourrir la vie d’un patient gentil, mais je connais mon devoir. Les apnées sévères et désaturantes sur un fond de facteurs de risque cardiaque…. Je ne veux pas passer mes vacances en train de m’inquiéter pour un accident vasculaire cérébral ou un infarctus. Donc je vois le patient et sa femme en consultation. Explique les résultats et le traitement. Fais avec le patient une petite démonstration du PPC plutôt réussie, organise un appareillage avant les fêtes qui je suivrai à distance grâce à son télésurveillance et bref, tout va bien. Le patient est apaisé – « je savais qu’il y avait un truc docteur, et mieux vaut les apnées qu’autre chose », sa femme aussi « s’il arrête de ronfler ça m’ira».

Mon autre patiente a également fait son exploration du sommeil au labo. Une exploration sans histoires et qui est parfaitement normale. Pas d’apnées, pas de mouvements des jambes, un sommeil d’architecture impeccable. J’annonce les nouvelles avec un grand sourire pensant qu’il s’agit d’un joli cadeau de Noel. Un froid glacial envahit ma salle de consultation. Visiblement la patiente ne me croit pas de tout. « Je vous signale docteur, que je n’ai pas fermé l’œil la nuit. Vous vous trompez ». Au secours. Heureusement que c’est moi qui a lu son tracé et moi qui a regardé la vidéo à un moment donné (plutôt pour voir si elle fonctionnait cette nuit-là …) et j’ai vu ma patiente en train de dormir. Quoi dire ? Il s’agit visiblement d’un trouble de misperception du sommeil, et j’en doutais un peu devant le récit des nuits blanches sans aucun retentissement diurne.

Persuader les gens qui sont convaincus qu’ils ne dorment pas que tout se passe bien est excessivement délicat voir impossible. Je ne vous raconte pas la fin de la consultation, sauf à dire qu’elle a duré longtemps, très longtemps, et que ma patiente n’est toujours pas convaincue qu’elle dort malgré le fait que je l’ai montré son enregistrement et la vidéo. Et elle en a raison. Nous savons, grâce aux IRM fonctionnelles que chez les patients atteints d’un misperception du sommeil, il y a un bout de cerveau qui ne dort pas, qui veille en permanence. Côté positif: elle ne risque pas rater le père Noel quand il passe avec son traîneau….