Pourquoi il faut faire des études

Il arrive parfois les choses tellement importantes dans la vie d’un médecin du sommeil qu’il faut en parler, même si j’ai tardé un peu pour en faire. Mon excuse ? J’étais tellement occupé par les nouvelles concernant les machines auto-asservies que je n’ai pas eu le temps de griffonner un mot à ce sujet. Mais mieux tard que jamais.

La quasi-totalité des médecins du sommeil partout le monde a été concerné par les résultats d’une étude qui vient bousculer  notre prise en charge des patients ventilés par les machines auto-asservies. Déjà la plupart de mes lecteurs peuvent se détendre, car les machines auto-asservies ne sont pas très répandues, les indications étant limitées aux patients qui ont des apnées centrales ou complexes qui ne répondent pas à des machines classiques. Si vous avez les apnées centrales, soit votre cerveau ‘oublie’ à envoyer la commande ‘respirer’ soit vos muscles n’arrivent pas à suivre la commande quand elle arrive. Donc il faut que la machine détecte les moments où vous ne respirez pas et qu’elle commence à respirer pour vous.  Qu’elle fait en variant la pressions – en augmentant ++ quand il faut inspirer (comme on souffle dans un ballon) et en diminuant quand il faut expirer. Quand vous recommencez à respirer par vous-même, la machine détecte vos efforts et vous laisse respirer tout seul. Jusqu’au là, tout allait bien. Mes patients post traumatisme crânien ou avec les maladies neuromusculaires étaient bien sous les machines auto-asservies.

Mais il y a un autre groupe des patients qui font les apnées centrales – les patients atteints d’une insuffisance cardiaque. Et leurs apnées sont un peu particulières : ces patients respirent de plus en plus profondément, et ensuite font une apnée pendant une petite période. Cette variation de la respiration s’appelle une respiration de type ‘Cheyne-Stokes’ et dans l’optique d’améliorer la survie de ces patients (car une insuffisance cardiaque + Cheyne-Stokes n’est pas de tout bonne pour la santé…) les cardiologues et les médecins du sommeil ont mis ces patients sous machine. Auto-asservie bien sur car c’est la seule qui puissent corriger les apnées. Et tout le monde était persuadé qu’il s’agissait d’un pas en avance pour les insuffisants cardiaques.

Les cardiologues sont fans des très grandes études, et donc ils ont tout de suite lancé une étude intitulée ServeHF pour mettre en évidence que les patients insuffisants cardiaques avec une respiration Cheyne Stokes ventilés par machine vivaient plus longtemps que les autres. Et c’était en Mai de cette année que les premiers résultats ont tombés. Gros choc : loin de vivre plus longtemps, les patients ventilés  vivaient moins longtemps – il semble que les machines aient un effet néfaste sur leur santé. Notre société savante (le SFRMS) a réagi avec une rapidité tout à fait louable et publiée les recommandations de prise en charge – vous pouvez les lire ici : http://www.sfrms-sommeil.org/wp-content/uploads/2015/05/Communique_commun_SERVEHF-avril2015.pdf et tout le monde s’est mis au travail.

On a du contacter tous nos patients traités par les machines auto-asservies – heureusement que dans notre petit service on ne s’occupe pas des insuffisants cardiaques – afin d’assurer que tout le monde avait un bilan cardio, n’était pas en insuffisance cardiaque car si oui, la machine est contre-indiquée. Beaucoup de travail, beaucoup d’angoisse pour tout le monde, surtout pour les patients contents avec leur machine auto-asservie qui ne voulaient pas de tout la quitter et revenir sur les machines classiques qui ne marchaient pas.

La tempête a soufflé forte sur les idées reçues et nous rappelle encore une fois qu’il faut des études pour être sûr qu’une prise en charge, même une prise en charge qui semble tout à fait logique, est efficace pour les patients. Les études font avancer la prise en charge, même sont les résultats sont négatifs et il est temps maintenant d’explorer les autres modalités de la prise en charge des troubles respiratoires chez les personnes atteintes de l’insuffisance cardiaque.  Affaire à suivre…