Bordeaux 2012: une histoire des merlettes

Les somnologues de toute France entier se sont retrouvés la semaine dernière parmi les conférences scientifiques de haute qualité, les stands de fabricants de machines de ventilation, des prestataires et des associations du sommeil  – Respir@dom et le réseau Morphée ont été bien présents et très actifs.  Nous avons salué les amis que nous n’avons pas vu depuis 2011, concerté sur la prise en charge de nos patients, échangé sur nos études et cette semaine nous se retrouvons de nouveau dans nos cabinets et dans nos services  pleine d’enthousiasme et d’idées pour mieux prendre en charge nos patients.

Un congrès doit être un lieu d’inspiration et de motivation, un moyen de nous sortir du train-train de tous les jours et Bordeaux 2012 a pleinement réussi. Je vous ai promis une synthèse des nouveautés – mais je me trouve devant un embarras de choix. Faut-il parler des effets de l’obésité sur la fonction respiratoire et les apnées,  des études  IRM chez  les patients dans un état végétatif, les conséquents d’un manque du sommeil et sa prévalence en France, de la dépression et les jambes sans repos  ou de une dizaine d’autres sujets tous aussi passionnantes ?

Finalement je vais vous raconter une petite étude qui touche sur l’horloge biologique –car je vois en consultation régulièrement les personnes qui ont négligé leur horloge avec des conséquents catastrophiques. L’étude concerne un zoologue qui a étudié les merlettes : les merlettes qui vivent en ville et les merlettes de la forêt.  Notre zoologue a enregistré les chansons des oiseaux et a conclu qu’en raison de la lumière artificielle en ville, les merlettes s’activent plus tôt le matin et restent actif pendant plus longtemps – tout comme les êtres humains. Les merlettes sont-ils privés du sommeil en ville ? Peut-être. Ils ont certainement un affaiblissement des synchroniseurs de l’horloge. Je me pose la question de si les merlettes en ville arrivent à dérégler leurs horloges et donc souffrent de la somnolence pendant la journée, sont irritables, prennent du poids et se dépriment – tout comme mes patients qui n’ont plus de repère et qui vivent dans un jetlag permanent. Il va falloir priver les merlettes de la lumière le soir (pas question d’ordi pour les merlettes ados ni de camper à coté des lampadaires pour les adultes) afin qu’ils retrouvent les bons signaux et que leurs voix s’unissent le matin en choeur pour fêter l’aube.

Le congrès du sommeil

Ça y est – c’est le grand moment de l’année pour tout les médecins du sommeil,  les infirmières, techniciens, prestataires de service en France…  Il s’agit de notre congrès du sommeil qui aura lieu cette année à Bordeaux.  Les patients qui cherchent une prise en charge cette semaine vont avoir du mal – on est quasiment tous partis – les services et les consultations ferment leurs portes, et on se retrouve tous autour des dernières études scientifiques, les machines de dépistage et ventilation, et des nouveautés médicamenteux. Un grand moment alors, et d’autant plus car il nous permet de sortir de nos coquilles, et de revoir des collègues devenus des amis après tant d’années dans le même métier.

Il est à la mode (au moins dans le monde anglophone) de critiquer les congrès : dans un monde en crise, les congrès coutent cher, sont financés par les compagnies pharmaceutiques et  par les fabricants de matériel médical. Et alors… Il ne faut pas nous prendre pour les naïfs, blindés par les post-it et les stylos gratos (mes enfants les apprécient…) et incapables de peser les indications et contre-indications d’un traitement présenté sur un stand chic avec des documents colorés brandis par des employés  hyperactifs des compagnies pharmaceutiques. Personnellement je demande les copies des articles scientifiques – et depuis le temps que je participe au congrès ils commencent à les mettre en avant. On s’abonne au ‘évidence based medicine’ comme les Anglophones juste 10 ans plus tard.

Comme toute polémique, le discours anticongrès a un peu de vérité dedans.  Oui les professionnels de sante devraient être capables de se former autrement, oui ça coûte cher et bla bla mais les congrès ne sont pas notre seul moyen de formation et je ne suis pas sur que nous soyons plus à l’abri des incitations des compagnies pharmaceutiques et fabricants de matériel médical enfermés dans nos centres du sommeil – les visiteurs médicaux nous suivent partout.

Moi  j’ai hâte d’entendre mes collègues  parler de leurs études, de discuter la prise en charge de mes patients au sein des ateliers, d’apprendre comment améliorer ma pratique clinique et de revoir mes amis. Chaque année je quitte le congrès revigoré, avec la tête pleine des idées – et je vous raconterai toute les nouvelles  la semaine prochaine…