Le soleil… enfin

Enfin un rayon de soleil – l’hiver 2012 a été très long et le printemps décevant. En conséquence mes patients n’ont pas eu envie de sortir de chez eux. Le fait de rester chez soi, bien abrité des intempéries, a-t-il des conséquents ? Les médecins du sommeil sont censés de tout savoir et sont souvent sollicités pour des avis concernant des analyses prescrit par un confrère. Basé sur le nombre des patients qui m’ont présenté les résultats des analyses sanguins montrant un taux de vitamine D effondré, la réponse est oui.

La vitamine D est synthèse dans la peau avec l’aide du soleil. Donc peu de soleil, peu de vitamine D et pour la plupart de mes patients le simple fait de sortir et de s’exposer à la lumière de jour feront remonter les taux. Sauf que cette année on n’a pas envie de sortir, le soleil s’est voilé derrière une couche épaisse de nuages et il a fait tellement froid que derrière les polaires, écharpes et Kways les faibles rayons du soleil avaient du mal à trouver plus que quelques cm² de peau. Je ne suis pas surpris donc que la synthèse de la vitamine D a été limitée. Pas grave – la vitamine D en ampoule fait remonter les taux. Mais la lumière sert aussi à régler nos horloges biologiques et nos horloges sont très impliquées dans la régulation du sommeil et de l’humeur. Bref, pas assez de lumière et il y a certains qui dépriment… d’autres souffrent carrément d’une dépression saisonnière, maladie fréquente dans les pays nordiques, ou les hivers sont longs et peu lumineux.

On n’ pas besoin d’exposer une quantité de peau pour que la lumière de jour règle nos horloges – l’effet passe par nos rétines. Attention : la lumière filtrée par les carreaux de votre living n’est pas suffisamment fort. On a besoin de sortir, le matin pour préférence, car l’horloge aime mettre à jour ses pendules le matin. Profitez de la lumière ce matin, sortez, synthétisez de la vitamine D et réglez vos horloges. Vous allez en ressentir un bénéfice…y compris ceux traité par PPC.

Ça m’a coupé le souffle…

Mais ça m’a coupé le souffle docteur…

Je regardé mon patient de façon dubitative.  Il me semblait peu probable que la machine de notre laboratoire (dernier cri de machine, prêté par les fabricants, flambant neuf..)  a pu lui couper le souffle. Comment une machine de pression positive continue, doté d’un algorithme sans doute plus intelligent que moi, censé de réagir aux efforts respiratoires, peut lui couper le souffle ?

‘Qu’est-ce que vous entendez par couper le souffle ?’ J’ai demandé à mon patient. Il m’a  regardé d’un œil hagard et m’a répété que ça lui a coupé le souffle et qu’il  a mal dormi et donc voilà. Je lui ai quitté avec la machine sous le bras en lui promettant de lui ramener une machine qui ne coupe pas le souffle. Et dans la cage d’escalier je réfléchis. Un patient bien cortiqué malgré son handicap physique me dit qu’il y a un truc avec ma machine. Quoi faire alors ?

Une machine de pression positive continue est censeé de délivrer une pression constante qui pousse sur les parois des voies aériennes supérieures et les garde ouvertes.  Les machines initiales ont été capables de délivrer une pression constante, mais les évolutions des machines depuis les années 80 ont abouties à des machines qui captent la respiration des patients, détectent les apnées et modifient les pressions tout au long de la nuit dans le but de garder une pression efficace le plus basse que possible. Car une pression basse est confortable. Les dernières machines donnent une petite poussée de pression au début de la respiration et baissent la pression juste au début de l’expiration – c’est censé d’être encore plus confortable.

J’aime bien les fabricants qui me visitent pour me vanter les mérites de leurs machines et leurs masques mais je reste sceptique des paroles des commerciaux. Donc  j’ai décidé il y a des années de mettre les machines à l’essai. Sur moi-même, même si je ne suis pas apnéique. Car si je ne comprends pas les difficultés d’utiliser une machine comment puis-je les conseiller à mes patients. Heureusement que mon mari voyage de temps en temps car lui, il a toujours refusé de participer a ce qu’il considère comme un truc de fou.

Je signale a mon équipe que je vais piquer la machine une nuit, et que vais en profiter pour tester le nouveaux narinaire. Et je rentre chez moi, signale aux enfants que maman dort avec une machine – je ne veut pas terroriser un enfant qui entre en catamini pour trouver sa maman pleine nuit en train de faire son Darth Vador – et branche la machine. En règle générale je suis tellement crevé que je n’ai aucune difficulté pour m’endormir, mais juste au moment ou je tombais comme une masse dans les bras du Morphée il y avait un truc. J’avais le souffle coupé. Il avait raison mon patient.

Que se passe-t-il ? La machine dysfonctionne. De temps en temps il  cycle trop rapidement. Qu’est ce que ça veut dire ? En effet il passe trop vite de la petite poussée de pression à l’inspiration à la petite baisse de pression à l’expiration, et donc on a l’impression d’avoir le souffle coupé. Pour me rassurer que je n’étais pas en train d’halluciner, j’ai prête un ancienne machine (même fabricant) hier soir et oui – cette fois-ci je n’avais pas le souffle coupé.

Les choses vont être réglées avec une nouvelle machine et mon patient est déjà appareillé avec une machine qui ne lui coupe pas le souffle. Comme quoi il faut écouter les paroles de nos patients.  Qui n’essaie rien ne comprends  rien…

Et j’avais tort…

J’ai dit sur ce blog, il y a quelques semaines, que ‘on n’arrive que rarement à faire en sorte que nos apnéiques perdent du poids’. Et juste pour faire la preuve du contraire, j’ai revu hier en consultation Monsieur et Madame M. Deux patients adorables et dotés d’un surpoids impressionnant qu’ils ont doucement accumulé pendant des années de travaux manuels – Monsieur fait du jardinage, Madame est femme de ménage. Madame cuisine à merveille et le bonheur de la gourmandise contribue sans doute à leur poids.
Si on remonte dans le temps, je les ai vus initialement il y a 4 mois. Une consultation pour Madame organisé par notre agent hospitalier qui a constaté une somnolence lors d’une réunion de quartier. Les M font tout ensemble et donc quand je les ai vu tous les deux dans ma salle de consultation je n’avais pas besoin des pouvoirs d’un Sherlock Holmes pour voir qu’ils partageaient non seulement leur vie mais aussi les pathologies. Hop les explorations du sommeil – une polygraphie ventilatoire pour Madame qui dort d’un trait, et une polysomnographie pour Monsieur qui a une insomnie de continuité du sommeil. Sans surpris j’ai constaté que Madame fait 39 apnées par heure, et Monsieur 22. Donc appareillage PPC pour Madame et consultation ORL pour Monsieur suivi par des tentatives de lui faire fabriquer un orthèse d’avancement mandibulaire sans avancement de frais (délicat…).
Les apnées sont un conséquent d’une diminution de la calibre des voies aériens supérieures et cette diminution a une ou plusieurs causes. Pas besoin de se gratter la tête pour trouver une cause chez les M. Téméraire, j’ai posé les questions nécessaires. Madame m’a expliqué qu’elle pesait 45 kg avant de se marier et qu’ils se sont mariés depuis 30 ans. J’ai calculé rapidement qu’elle a dû prendre au moins 2 kg par an. Monsieur m’a expliqué qu’il travaille dur et donc qu’il a besoin de manger. Est-ce qu’ils avaient déjà fait des tentatives à maigrir ? Monsieur m’a regardé comme si la question n’avait pas de sens, et Madame m’a dit que c’est difficile. J’ai conclu que non, et je les ai adressés tous les deux à notre grand service de nutrition/obésité/chirurgie bariatrique avec une lettre commun sans le moindre espoir que cette consultation sera couronnée d’une réussite. Les M ont quitté ma salle de consultation main en main comme des enfants perdus et j’avais un moment de chagrin pour le fait d’avoir basculé leurs vies tranquilles.

Ça fait du bien de temps en temps d’avoir parfaitement tort. Je les ai revus hier. Souriants tous les deux. La consultation avec l’équipe de nutrition a été une réussite, une équipe gentille et à l’écoute qui a visiblement su communiquer des idées parfaitement inconnues aux M ; les idées de nutrition, de taille de portion. Que les M ont appliqué comme les bonnes élevés, tous les deux, repas après repas, jour après jour. Et ils ont perdu 6 kilos chacun. Doucement. Exactement comme il faut. Je les ai félicités chaleureusement, et promis qu’une fois qu’ils arrivent au poids cible je referai les explorations du sommeil. Qui sait ? Il se peut que les apnées aillent s’améliorer tellement que Madame n’aura plus besoin de sa machine et que nous pouvons retirer Monsieur de la liste d’attente pour la stomato.
Avant de quitter ma salle de consultation Monsieur m’a expliqué le secret de leur réussite. ‘Avant on ne savait pas manger, maintenant même quand on n’a pas beaucoup sur l’assiette on sait que ça suffit car les nutritionnistes nous l’ont dit. Et on se sent mieux’. Avec une confiance absolue dans les pouvoirs de l’équipe médicale ils ont suivi à la lettre les consignes. Ça marche. On ne devrait pas être surpris. Et si c’était aussi facile pour les autres….

Il faut être au courant…

« Donc vous voyez, les machines de nos jours sont toutes petites, bien puissantes et les masques sont confortables – qu’en pensez-vous? »
Mon patient regarde de façon dubitative la machine de PPC qu’il vient d’essayer et qui est posée sur mon bureau. Dernier patient de la journée, j’ai du temps pour lui parler doucement de sa maladie, des différentes traitements, du temps pour faire un essai, d’arriver ensemble à une décision et de lui faire participer activement à la choix de son traitement.

Jeune médecin et fier de tout ce que j’ai appris à la fac, j’avais tendance dire à mes patients qu’ils avaient absolument besoin de tel ou tel traitement : je les ai informé de façon sommaire des avantages et inconvénients et basta. Efficace non ? Mais à ma grande surprise mes patients ne prenaient pas toujours ce que j’ai prescrit. Et un jour j’ai eu un déclic : moi non plus je n’aime pas quand les gens me disent ce qu’il faut que je fasse : je préfère choisir, prendre la décision moi-même, ayant pesé les avantages et les inconvénients. Et donc j’ai changé de voie. Je suis devenu un de ces médecins qui prennent du temps avec leurs patients car j’ai enfin appris que le fait de prendre du temps au début fait des économies à la longue.

Un silence envahi ma salle de consultation et je sais que les infirmières de la consultation aient envie de partir à l’heure. Mon patient réagit enfin. Il se redresse et son pull acrylique parsemé des peluches et au moins deux tailles trop petit dessine à merveille les lignes de son ventre saillant. « Je pars en vacances la semaine prochaine, dans mon pays ». Il sourit « On mange bien là-bas ». Je pense à mes conseilles hygiéno-diététiques qui vont certainement passer à la trappe, et les difficultés de mettre en place et équilibrer un traitement dans moins d’une semaine.

« Partir ça vous fera du bien, et ce n’est pas grave » j’encourage, « on peut commencer votre traitement quand vous êtes de retour »
« J’aime bien passer l’été là-bas : on peut commencer en automne ? » Mince, on est en mars et ses apnées sont importantes, à ne pas en parler de ses soucis cardiaques et de son diabète. Si je mobilise toutes mes forces, peut-on lui appareiller illico afin qu’il parte avec sa machine ?
Je décide de me lancer « On peut vous appareiller avant votre départ – comme ça vous pouvez profiter pleinement de vos vacances : vous serez plus en forme, moins de sommeil pendant la journée, et votre famille sera contente que vous ronflez moins »
Mon patient hésite encore « Il a une pile la machine ? »
« Non : il faut la brancher sur secteur, comme on a fait tout à l’heure »
« Là-bas la nuit j’ai pas d’électricité…. »

Un réseau – c’est essentiel

Hier soir, en regardant les lits de notre service (plein à craquer comme d’habitude), j’ai réfléchi sur l’importance d’avoir un réseau. Une évidence pour les médecins du sommeil – il faut travailler avec les différentes services de l’hôpital – s’organiser pour enregistrer les enfants, les patients très handicapés, adresser les patients aux ORLs, aux psychiatres, aux orthopédistes… On a besoin aussi de nos réseaux pour se former, pour rester à jour avec les nouveaux techniques et pour en parler de nos cas difficiles. Les professionnels de santé ont des réseaux informels et formels, tel le Réseau Morphée, et je n’ose pas imaginer la vie d’un médecin du sommeil sans réseaux.

Les réseaux sont vitaux pour nos patients – et le cas de M. F fait la preuve. Ouvrier tout sa vie, l’inactivité physique suivante sa retraite lui a été récompensée par une prise de poids, une aggravation de son ronflement et par une somnolence qu’il n’a essayé point à résister – a un tel point qu’il ne faisait plus que manger et dormir. Qu’il considéré normal, vu qu’il avait 67 ans. Sa femme aussi : dans leur milieu campagnard c’est comme ça la retraite.

Entre en scène la femme de ménage de notre service du sommeil. Attachée à nous par un cordon ombilical depuis nous avons diagnostiqué son SAS il y a une dizaine d’années, toujours souriante et très bavarde, elle est devenue le gendarme de sa communauté en ce qui concerne le SAS. Je l’imagine en train de pousser les portes, enquêter pour le ronflement, les siestes inopinées, les pauses respiratoires et quand elle en trouve, elle oblige le malheureux de passer chez nous. Elle se trompe rarement. Pas question de ‘veux pas y aller, moi’. Elle explique au patient, à tout son entourage et probablement à l’immeuble entier ce qui va se passer chez nous, aide à la remplissage des questionnaires du sommeil, les formalités administratives et voilà. Un patient parfaitement préparé pour sa consultation, bien qu’il a parfois l’air d’un lapin immobilisé dans le faisceau lumineux de vos phares sur une route de campagne.

C’est comme ça qu’une population relativement défavorisée sur le plan de la santé est bien prise en charge, car du sommeil s’écoule une prise en charge des autres pathologies chroniques.

A chacun son réseau – on en a tous besoin.

J’en ai marre…

J’en ai marre de ma machine, je veux la casser, m’étrangler avec ce… cet espèce de tuyau, écraser mon masque…

Mon patient, habituellement effacé derrière ses lunettes épaisses de comptable, devient rouge de colère et tord son carnet de prestataire de manière assez troublante. Sa femme qui lui a accompagné lors de ses consultations précédentes a préféré rester dans la salle d’attente. Ce qui ne m’étonne pas devant une consultation qui risque être délicate.

Je dois avouer, les consultations avec les patients en colère ne sont pas mes consultations préférées. Je sais que je dois en faire avec, je m’adapte, je fais de mon mieux, mais elles me troublent. Parfois pour des jours et des semaines après. Histoire de faire même les insomnies à un médecin du sommeil – drôle non ? J’ai des collègues super dynamiques qui adorent les consultations ‘difficiles’, qui vantent leurs capacités de calmer les situations les plus houleuses avec des familles entières. Moi, j’ai la flemme.

Donc j’ai réfléchi un peu avant de répondre. Avantage, le patient pense que je prends sa situation au sérieux. Et je décide d’aller droit au but. Je ne vais pas essayer de convaincre que sa machine marche bien, lui fait du bien, car je n’y arriverai pas, et je n’ai pas envie qu’il m’étrangle avec son tuyau. J’attaque avec l’évidence: ‘vous êtes fâché avec votre machine….’ Et là, ça sort. Comme un abcès quand j’étais interne en chirurgie mais avec les paroles en place d’un bistouri. Oui il s’est fâché avec sa machine, c’est ringard la machine, c’est nul dormir avec un masque sur le nez, la machine ne lui a pas apporter une bénéfice, et la preuve c’est qu’ il vient de se faire licencier, et comment va-t-il trouver un boulot à son âge, et sans boulot que se passe-t-il pour sa famille… A moitié noyé par le flot des mots qui inondent ma salle de consultation je comprends ce qui se passe : licenciement, anxiété importante, plus qu’un brin de déprime : de quoi faire les insomnies en bref, et avec les insomnies pas question d’utiliser la machine.

Tout comme au bloc opératoire, le fait de lancer l’abcès a eu un effet positif : nous avons pu terminer la consultation en tranquillité avec un suivi bien organisé et même sa machine (il la donne sa deuxième chance…). Et une fois qu’il a quitté ma salle de consultation j’ai eu le temps de réfléchir. Il me semble qu’un refus de machine ne soit que rarement dû à un problème technique (les problèmes techniques ne sont pas dans mon expérience, insurmontables), mais plutôt de tout ce qui passe autour dans la vie du patient: une complexité qui me fascine. Dormir avec une machine, cette modification dramatique des habitudes de sommeil acquis depuis des décennies est fragile et le geste prends un bon moment pour s’enraciner. Un imprévu, des difficultés dans la vie courante… tout peut déstabiliser cet équilibre fragile. Et quand rien ne va, il est facile de se retourner contre la machine qui vous regarde chaque soir de votre chevet et se moque de vos efforts de s’endormir.

Manger-bouger-respirer

Je me déplace en vélo : mon joli vélo assez lourd avec panier de mémé, chaines, lampes clignotants, casque,  gilet fluo  de sécurité très moche… et une fois que je retire ma blouse et monte sur mon vélo je me suis rendu compte que je suis invisible. Je ne suis plus médecin. Je peux passer devant mes patients fraîchement sortis du labo sommeil portant les traces de colle dans les cheveux et ils ne me connaissent pas. Un plus pour éviter les consultations sur le chemin, et un moyen d’observer mes patients. Mes patients comme Mme L. qui était en train hier soir  de monter lentement  dans sa voiture pour tracer les quelques centaines de mètres qui séparent sa domicile de l’hôpital.  Lentement parce qu’elle souffre d’une obésité morbide, une arthrose aux genoux (pas surprenant vu le poids qu’ils sont censés de porter ses pauvres genoux) et  parce qu’en raison d’un mauvais sommeil elle est fatiguée. Très fatiguée. Épuisée même. Devant son ronflement  j’ai fait un enregistrement et confronté par son IAH spectaculaire (prix de la semaine sinon du mois) et ses désaturations d’oxygène tout au long de la nuit  je lui ai donné la mauvaise nouvelle qu’une machine de PPC sera nécessaire. Il se peut aussi que les fruits de notre consultation pesaient sur ses épaules.

Tout en pédalant comme une malade sous la pluie battante une question posée par phiver sur les liens entre apnées, obésité et fonction respiratoire m’a fait réfléchir… On sait que l’obésité augmente les apnées par un processus d’accumulation des graisses dans le pharynx. Que les apnées déstabilisent la sécrétion des hormones de ghréline et de léptine et mènent à une prise de poids. Qu’une obésité morbide peut diminuer la ventilation nocturne avec une rétention de dioxide de carbone (maux de tête, insuffisance respiratoire) : bref on sait plein de choses, mais on n’arrive que rarement  à faire en sorte que nos apnéiques perdent du poids. Dans les rares cas où ils arrivent, les apnées s’améliorent et certains voient la disparition quasi-totale de leur syndrome d’apnées du sommeil.

  L’obésité de Mme L datent depuis toujours me dit–elle. Sa mère, ses sœurs, sa grand-mère maternelle, toutes pareilles. Elle ne mange rien, m’assure-t-elle, et fait son maximum pour perdre du poids. Je soupçonne que son interprétation de manger-bouger fait référence au  long trajet qui sépare son fauteuil du frigo.  Je conclus que son obésité a été présente avant les apnées, et donc que l’obésité est responsable pour les apnées et pas l’inverse. Trop tard pour la prévention alors.  Un régime ? Elle en a fait des centaines.  Un suivi par une diététicienne/médecin nutritionniste ? Elle les a tout consultés. On passe à la vitesse supérieure : consultation  hospitalière dans un service de nutrition/ chirurgie bariatrique? Déjà en cours, mais sa diabète+hypertension+troubles cardiaques n’a pas encouragé le chirurgien. Je comprends parfaitement son attitude: les interventions sur les personnes très obèses posent un réel danger pour le patient et d’autant plus quand le terrain est compliqué par les maladies chroniques. Il ne me reste qu’à faire mon travail. Je vais l’appareiller, suivre ses troubles respiratoires nocturnes et croiser mes doigts pour un miracle : que sa machine améliore  son sommeil (pas difficile ça), la qualité de sa vie, et lui donne une envie de bouger plus et manger moins. Affaire à suivre…

Que 2013 vous apporte des nuits tranquilles

C’est le début d’une nouvelle année : que 2013 vous apporte de bonheur, de bonne santé, de douceur, et, bien sûr, des nuits tranquilles. Hélas les nuits tranquilles ne sont pas toujours faciles, et l’épouse d’un de mes patients m’a fait remarquer l’autre jour à tel point dormir avec un apnéique est délicat – surtout quand on a une tendance à l’insomnie …

« d’abord on a tout l’appareillage – il faut un moment pour qu’il met sa muselière en place – et pas la peine que j’essaye de fermer l’œil avant qu’il s’allonge. Ensuite il commence à s’endormir et il fait des sursauts – il en a toujours fait vous savez – ça me fait sursauter aussi et parfois ça provoque les fuites. Il s’endort pour de bon et alors c’est là où je peux me laisser aller – si le sommeil veut venir – avant qu’il se retourne avec les fuites qui me ventilent le visage : et d’après vous docteur il ne faut pas que je bloque les trous avec du scotch. Bon bref, ça me gêne, mais moins que ses réveils pour aller faire pipi : il en a toujours vous savez. Il défait tout, ça prend un bail, me réveille mais pas exprès me dit-il – n’est-ce pas mon amour – et ensuite il reprend tout son tralala… »

Ahurie par son récit des nuits atroces j’ai demandé si elle n’a jamais pensé de faire chambre à part de temps en temps afin de récupérer un peu. Madame a souri et en caressant doucement la main de son mari qui était toujours en train de fouiller dans la sacoche de son PPC, m’a fait comprendre que je n’ai rien compris

« Mais docteur, il ne faut pas imaginer la pire : je dors tellement mieux depuis qu’il a sa machine…. »

un train peut en cacher un autre…

Malgré le temps maussade j’ai été hier soir à une réunion d’un réseau de santé dédié aux troubles et psychiatriques. Nous avons démarré avec un cas clinique d’un des psychiatres – un excellent psychiatre d’ailleurs – mais qui montre à tel point les apnées puissent pourrir la vie.
Sa patiente souffrait de dépression : une dépression envahissante, qui rendait son travail un enfer, qui sapait sa motivation, qui l’isolait de sa famille, et qui lui poussait à des fringales responsable pour ses 100kg – source d’angoisse et de dépression. Le cercle vicieux, quoi. Les consultations hebdomadaires, les coups de fils lors de crises, les traitements antidépresseurs à répétition, les petites améliorations suivaient par des échecs et toujours, toujours, une fatigue.
Au bout du rouleau – même les psychiatres les plus gentils y arrivent de temps en temps – on propose les consultations conjointes avec un psychologue. Pas d’amélioration. Rien. Et ensuite, un jour sa patiente ne l’appelle pas – une semaine passe, deux, trois et notre ami s’inquiète. Imagine la pire. Appelle la famille qui dit que ça va. Et la patiente arrive en consultation. Souriante. Un jamais vu.
Devant cette transformation impressionnante le psychiatre demande ce qui s’est passé. Un traitement antidépresseur qu’il n’a pas essayé ? Un miracle ? Pas vraiment. Un médecin généraliste qui, confronté par une plainte de fatigué et le constat d’un surpoids impressionnant l’a envoyé faire une exploration du sommeil. Sans se poser des questions sur la dépression, les traitements, le manque d’entourage…
Vous connaissez les suites : un syndrome d’apnées du sommeil, une machine de pression positive continue, une réticence à l’appareillage et une galère pour le démarrage mais avec l’aide de son technicien (très gentil lui aussi) une réussite. Les nuits tranquilles, une sensation d’avoir bien dormi, une amélioration des symptômes dépressifs…et tout va bien. Jusqu’au jour quelque mois plus tard où elle arrive en catastrophe chez notre ami. Plus rien ne marche, elle arrive au fond d’un puits de déprime, il faut un traitement renforcé, un psychologue… mais (heureusement) elle pense aussi à faire appel à son technicien – qui règle les fuites de son masque et hop, re bon sommeil, re bon humeur…
Cette histoire a frappé notre ami psychiatre, qui l’a raconté avec beaucoup d’humilité et de bon humeur, sincèrement content qu’une solution a été trouvé pour sa patiente, et soucieux de ne plus passer à côté des troubles du sommeil. Avant de partir je lui ai proposé un essayage de machine de PPC – essentiel afin de comprendre ce que nos patients apnéiques vivent toutes les nuits – et, comme tout professionnel de santé qui voit pour la première fois une machine de PPC il a été frappé par le fait que les machines de nos jours sont petites, silencieuses et relativement confortables.
Les liens entre les apnées et la dépression ont été démontrés par les études : environ 20% des apnéiques sont déprimés. A mon avis il faut penser aux apnées devant une dépression qui ne s’améliore pas, surtout dans le contexte d’un surpoids, d’un ronflement et des arrêts respiratoires, et de savoir que même une patiente très handicapé par sa dépression peut s’adapter à sa machine et en tirer un bénéfice. Et finalement, qu’un train peut en cacher un autre…

Bordeaux 2012: une histoire des merlettes

Les somnologues de toute France entier se sont retrouvés la semaine dernière parmi les conférences scientifiques de haute qualité, les stands de fabricants de machines de ventilation, des prestataires et des associations du sommeil  – Respir@dom et le réseau Morphée ont été bien présents et très actifs.  Nous avons salué les amis que nous n’avons pas vu depuis 2011, concerté sur la prise en charge de nos patients, échangé sur nos études et cette semaine nous se retrouvons de nouveau dans nos cabinets et dans nos services  pleine d’enthousiasme et d’idées pour mieux prendre en charge nos patients.

Un congrès doit être un lieu d’inspiration et de motivation, un moyen de nous sortir du train-train de tous les jours et Bordeaux 2012 a pleinement réussi. Je vous ai promis une synthèse des nouveautés – mais je me trouve devant un embarras de choix. Faut-il parler des effets de l’obésité sur la fonction respiratoire et les apnées,  des études  IRM chez  les patients dans un état végétatif, les conséquents d’un manque du sommeil et sa prévalence en France, de la dépression et les jambes sans repos  ou de une dizaine d’autres sujets tous aussi passionnantes ?

Finalement je vais vous raconter une petite étude qui touche sur l’horloge biologique –car je vois en consultation régulièrement les personnes qui ont négligé leur horloge avec des conséquents catastrophiques. L’étude concerne un zoologue qui a étudié les merlettes : les merlettes qui vivent en ville et les merlettes de la forêt.  Notre zoologue a enregistré les chansons des oiseaux et a conclu qu’en raison de la lumière artificielle en ville, les merlettes s’activent plus tôt le matin et restent actif pendant plus longtemps – tout comme les êtres humains. Les merlettes sont-ils privés du sommeil en ville ? Peut-être. Ils ont certainement un affaiblissement des synchroniseurs de l’horloge. Je me pose la question de si les merlettes en ville arrivent à dérégler leurs horloges et donc souffrent de la somnolence pendant la journée, sont irritables, prennent du poids et se dépriment – tout comme mes patients qui n’ont plus de repère et qui vivent dans un jetlag permanent. Il va falloir priver les merlettes de la lumière le soir (pas question d’ordi pour les merlettes ados ni de camper à coté des lampadaires pour les adultes) afin qu’ils retrouvent les bons signaux et que leurs voix s’unissent le matin en choeur pour fêter l’aube.