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A propos zephyr

Médecin du sommeil dans une ville pas encore touché par la désertification médicale...

Que 2013 vous apporte des nuits tranquilles

C’est le début d’une nouvelle année : que 2013 vous apporte de bonheur, de bonne santé, de douceur, et, bien sûr, des nuits tranquilles. Hélas les nuits tranquilles ne sont pas toujours faciles, et l’épouse d’un de mes patients m’a fait remarquer l’autre jour à tel point dormir avec un apnéique est délicat – surtout quand on a une tendance à l’insomnie …

« d’abord on a tout l’appareillage – il faut un moment pour qu’il met sa muselière en place – et pas la peine que j’essaye de fermer l’œil avant qu’il s’allonge. Ensuite il commence à s’endormir et il fait des sursauts – il en a toujours fait vous savez – ça me fait sursauter aussi et parfois ça provoque les fuites. Il s’endort pour de bon et alors c’est là où je peux me laisser aller – si le sommeil veut venir – avant qu’il se retourne avec les fuites qui me ventilent le visage : et d’après vous docteur il ne faut pas que je bloque les trous avec du scotch. Bon bref, ça me gêne, mais moins que ses réveils pour aller faire pipi : il en a toujours vous savez. Il défait tout, ça prend un bail, me réveille mais pas exprès me dit-il – n’est-ce pas mon amour – et ensuite il reprend tout son tralala… »

Ahurie par son récit des nuits atroces j’ai demandé si elle n’a jamais pensé de faire chambre à part de temps en temps afin de récupérer un peu. Madame a souri et en caressant doucement la main de son mari qui était toujours en train de fouiller dans la sacoche de son PPC, m’a fait comprendre que je n’ai rien compris

« Mais docteur, il ne faut pas imaginer la pire : je dors tellement mieux depuis qu’il a sa machine…. »

un train peut en cacher un autre…

Malgré le temps maussade j’ai été hier soir à une réunion d’un réseau de santé dédié aux troubles et psychiatriques. Nous avons démarré avec un cas clinique d’un des psychiatres – un excellent psychiatre d’ailleurs – mais qui montre à tel point les apnées puissent pourrir la vie.
Sa patiente souffrait de dépression : une dépression envahissante, qui rendait son travail un enfer, qui sapait sa motivation, qui l’isolait de sa famille, et qui lui poussait à des fringales responsable pour ses 100kg – source d’angoisse et de dépression. Le cercle vicieux, quoi. Les consultations hebdomadaires, les coups de fils lors de crises, les traitements antidépresseurs à répétition, les petites améliorations suivaient par des échecs et toujours, toujours, une fatigue.
Au bout du rouleau – même les psychiatres les plus gentils y arrivent de temps en temps – on propose les consultations conjointes avec un psychologue. Pas d’amélioration. Rien. Et ensuite, un jour sa patiente ne l’appelle pas – une semaine passe, deux, trois et notre ami s’inquiète. Imagine la pire. Appelle la famille qui dit que ça va. Et la patiente arrive en consultation. Souriante. Un jamais vu.
Devant cette transformation impressionnante le psychiatre demande ce qui s’est passé. Un traitement antidépresseur qu’il n’a pas essayé ? Un miracle ? Pas vraiment. Un médecin généraliste qui, confronté par une plainte de fatigué et le constat d’un surpoids impressionnant l’a envoyé faire une exploration du sommeil. Sans se poser des questions sur la dépression, les traitements, le manque d’entourage…
Vous connaissez les suites : un syndrome d’apnées du sommeil, une machine de pression positive continue, une réticence à l’appareillage et une galère pour le démarrage mais avec l’aide de son technicien (très gentil lui aussi) une réussite. Les nuits tranquilles, une sensation d’avoir bien dormi, une amélioration des symptômes dépressifs…et tout va bien. Jusqu’au jour quelque mois plus tard où elle arrive en catastrophe chez notre ami. Plus rien ne marche, elle arrive au fond d’un puits de déprime, il faut un traitement renforcé, un psychologue… mais (heureusement) elle pense aussi à faire appel à son technicien – qui règle les fuites de son masque et hop, re bon sommeil, re bon humeur…
Cette histoire a frappé notre ami psychiatre, qui l’a raconté avec beaucoup d’humilité et de bon humeur, sincèrement content qu’une solution a été trouvé pour sa patiente, et soucieux de ne plus passer à côté des troubles du sommeil. Avant de partir je lui ai proposé un essayage de machine de PPC – essentiel afin de comprendre ce que nos patients apnéiques vivent toutes les nuits – et, comme tout professionnel de santé qui voit pour la première fois une machine de PPC il a été frappé par le fait que les machines de nos jours sont petites, silencieuses et relativement confortables.
Les liens entre les apnées et la dépression ont été démontrés par les études : environ 20% des apnéiques sont déprimés. A mon avis il faut penser aux apnées devant une dépression qui ne s’améliore pas, surtout dans le contexte d’un surpoids, d’un ronflement et des arrêts respiratoires, et de savoir que même une patiente très handicapé par sa dépression peut s’adapter à sa machine et en tirer un bénéfice. Et finalement, qu’un train peut en cacher un autre…

Bordeaux 2012: une histoire des merlettes

Les somnologues de toute France entier se sont retrouvés la semaine dernière parmi les conférences scientifiques de haute qualité, les stands de fabricants de machines de ventilation, des prestataires et des associations du sommeil  – Respir@dom et le réseau Morphée ont été bien présents et très actifs.  Nous avons salué les amis que nous n’avons pas vu depuis 2011, concerté sur la prise en charge de nos patients, échangé sur nos études et cette semaine nous se retrouvons de nouveau dans nos cabinets et dans nos services  pleine d’enthousiasme et d’idées pour mieux prendre en charge nos patients.

Un congrès doit être un lieu d’inspiration et de motivation, un moyen de nous sortir du train-train de tous les jours et Bordeaux 2012 a pleinement réussi. Je vous ai promis une synthèse des nouveautés – mais je me trouve devant un embarras de choix. Faut-il parler des effets de l’obésité sur la fonction respiratoire et les apnées,  des études  IRM chez  les patients dans un état végétatif, les conséquents d’un manque du sommeil et sa prévalence en France, de la dépression et les jambes sans repos  ou de une dizaine d’autres sujets tous aussi passionnantes ?

Finalement je vais vous raconter une petite étude qui touche sur l’horloge biologique –car je vois en consultation régulièrement les personnes qui ont négligé leur horloge avec des conséquents catastrophiques. L’étude concerne un zoologue qui a étudié les merlettes : les merlettes qui vivent en ville et les merlettes de la forêt.  Notre zoologue a enregistré les chansons des oiseaux et a conclu qu’en raison de la lumière artificielle en ville, les merlettes s’activent plus tôt le matin et restent actif pendant plus longtemps – tout comme les êtres humains. Les merlettes sont-ils privés du sommeil en ville ? Peut-être. Ils ont certainement un affaiblissement des synchroniseurs de l’horloge. Je me pose la question de si les merlettes en ville arrivent à dérégler leurs horloges et donc souffrent de la somnolence pendant la journée, sont irritables, prennent du poids et se dépriment – tout comme mes patients qui n’ont plus de repère et qui vivent dans un jetlag permanent. Il va falloir priver les merlettes de la lumière le soir (pas question d’ordi pour les merlettes ados ni de camper à coté des lampadaires pour les adultes) afin qu’ils retrouvent les bons signaux et que leurs voix s’unissent le matin en choeur pour fêter l’aube.

Le congrès du sommeil

Ça y est – c’est le grand moment de l’année pour tout les médecins du sommeil,  les infirmières, techniciens, prestataires de service en France…  Il s’agit de notre congrès du sommeil qui aura lieu cette année à Bordeaux.  Les patients qui cherchent une prise en charge cette semaine vont avoir du mal – on est quasiment tous partis – les services et les consultations ferment leurs portes, et on se retrouve tous autour des dernières études scientifiques, les machines de dépistage et ventilation, et des nouveautés médicamenteux. Un grand moment alors, et d’autant plus car il nous permet de sortir de nos coquilles, et de revoir des collègues devenus des amis après tant d’années dans le même métier.

Il est à la mode (au moins dans le monde anglophone) de critiquer les congrès : dans un monde en crise, les congrès coutent cher, sont financés par les compagnies pharmaceutiques et  par les fabricants de matériel médical. Et alors… Il ne faut pas nous prendre pour les naïfs, blindés par les post-it et les stylos gratos (mes enfants les apprécient…) et incapables de peser les indications et contre-indications d’un traitement présenté sur un stand chic avec des documents colorés brandis par des employés  hyperactifs des compagnies pharmaceutiques. Personnellement je demande les copies des articles scientifiques – et depuis le temps que je participe au congrès ils commencent à les mettre en avant. On s’abonne au ‘évidence based medicine’ comme les Anglophones juste 10 ans plus tard.

Comme toute polémique, le discours anticongrès a un peu de vérité dedans.  Oui les professionnels de sante devraient être capables de se former autrement, oui ça coûte cher et bla bla mais les congrès ne sont pas notre seul moyen de formation et je ne suis pas sur que nous soyons plus à l’abri des incitations des compagnies pharmaceutiques et fabricants de matériel médical enfermés dans nos centres du sommeil – les visiteurs médicaux nous suivent partout.

Moi  j’ai hâte d’entendre mes collègues  parler de leurs études, de discuter la prise en charge de mes patients au sein des ateliers, d’apprendre comment améliorer ma pratique clinique et de revoir mes amis. Chaque année je quitte le congrès revigoré, avec la tête pleine des idées – et je vous raconterai toute les nouvelles  la semaine prochaine…

Call of Duty: modern ronfleur…

Un grande nouvelle aujourd’hui – au moins dans le monde des apnéiques – le lancement du site Respir@dom, avec ses informations, ses outils  et son serious game, tout au service des patients.  Et oui, un serious game. S’agit-il de la dernière version du ‘Call of Duty’ relooké pour les ronfleurs ? Pas tout à fait, mais il ne coute pas 60 euros non plus.

Une bonne idée, et d’autant plus que les informations soient de qualité. Je me suis prêté au  jeu – et je dois avouer que je ne suis pas doué. Question d’âge sans doute. Il y aura parmi mes patients ceux qui vont s’y retrouver beaucoup plus facilement et qui vont en tirer les bénéfices – tout comme le jeune A, haut de ses 12 ans.

Eh oui – les enfants peuvent avoir les apnées aussi .   L’enfant A, avec son regard un peu ailleurs et une hyperactivité assez fatiguant pour son entourage a été suivi depuis un bon moment pour des troubles d’apprentissage – du mal avec la lecture, un comportement pas facile en classe et un grand désespoir pour ses parents à chaque bulletin scolaire. Convocations à répétition par les maitresses au primaire, séances d’orthophonie, de psychologie et enfin, après des années d’attente, une consultation hospitalière chez les pédiatres qui s’occupent des enfants en difficulté.  Qui ont pensé à poser la question de ronflement…

Trois ans plus tard, je ne prétends pas qu’À est devenu Einstein (ca sera trop beau, non ?), mais ses troubles se sont nettement améliorés. Il est maintenant capable de se concentrer sur un serious game et d’apprendre plus sur sa maladie.

Un enfant qui ronfle  beaucoup et qui a des difficultés scolaires a peut-être un SAS. Et ca se soigne…

Bonjour tout le monde!

Un petit blog sur les apnées par un médecin du sommeil…

  • Parce que vivre avec un syndrome d’apnée sévère sans traitement c’est dur: je le vois tous les jours sur les visages de mes patients
  • Parce que pour certains il faut du courage avant de décider enfin qu’il faut consulter un médecin
  • Parce que les forums parlent beaucoup des difficultés et peu des réussites
  • Parce qu’il y a des solutions qui marchent, qui rendre aux patients une qualité de vie qu’ils avaient oublié, qui les permettent de souffler
  •  Et enfin parce que c’est mes patients qui m’ont appris comment gérer au mieux leur traitement – et c’est ma façon de les remercier