Et j’avais tort…

J’ai dit sur ce blog, il y a quelques semaines, que ‘on n’arrive que rarement à faire en sorte que nos apnéiques perdent du poids’. Et juste pour faire la preuve du contraire, j’ai revu hier en consultation Monsieur et Madame M. Deux patients adorables et dotés d’un surpoids impressionnant qu’ils ont doucement accumulé pendant des années de travaux manuels – Monsieur fait du jardinage, Madame est femme de ménage. Madame cuisine à merveille et le bonheur de la gourmandise contribue sans doute à leur poids.
Si on remonte dans le temps, je les ai vus initialement il y a 4 mois. Une consultation pour Madame organisé par notre agent hospitalier qui a constaté une somnolence lors d’une réunion de quartier. Les M font tout ensemble et donc quand je les ai vu tous les deux dans ma salle de consultation je n’avais pas besoin des pouvoirs d’un Sherlock Holmes pour voir qu’ils partageaient non seulement leur vie mais aussi les pathologies. Hop les explorations du sommeil – une polygraphie ventilatoire pour Madame qui dort d’un trait, et une polysomnographie pour Monsieur qui a une insomnie de continuité du sommeil. Sans surpris j’ai constaté que Madame fait 39 apnées par heure, et Monsieur 22. Donc appareillage PPC pour Madame et consultation ORL pour Monsieur suivi par des tentatives de lui faire fabriquer un orthèse d’avancement mandibulaire sans avancement de frais (délicat…).
Les apnées sont un conséquent d’une diminution de la calibre des voies aériens supérieures et cette diminution a une ou plusieurs causes. Pas besoin de se gratter la tête pour trouver une cause chez les M. Téméraire, j’ai posé les questions nécessaires. Madame m’a expliqué qu’elle pesait 45 kg avant de se marier et qu’ils se sont mariés depuis 30 ans. J’ai calculé rapidement qu’elle a dû prendre au moins 2 kg par an. Monsieur m’a expliqué qu’il travaille dur et donc qu’il a besoin de manger. Est-ce qu’ils avaient déjà fait des tentatives à maigrir ? Monsieur m’a regardé comme si la question n’avait pas de sens, et Madame m’a dit que c’est difficile. J’ai conclu que non, et je les ai adressés tous les deux à notre grand service de nutrition/obésité/chirurgie bariatrique avec une lettre commun sans le moindre espoir que cette consultation sera couronnée d’une réussite. Les M ont quitté ma salle de consultation main en main comme des enfants perdus et j’avais un moment de chagrin pour le fait d’avoir basculé leurs vies tranquilles.

Ça fait du bien de temps en temps d’avoir parfaitement tort. Je les ai revus hier. Souriants tous les deux. La consultation avec l’équipe de nutrition a été une réussite, une équipe gentille et à l’écoute qui a visiblement su communiquer des idées parfaitement inconnues aux M ; les idées de nutrition, de taille de portion. Que les M ont appliqué comme les bonnes élevés, tous les deux, repas après repas, jour après jour. Et ils ont perdu 6 kilos chacun. Doucement. Exactement comme il faut. Je les ai félicités chaleureusement, et promis qu’une fois qu’ils arrivent au poids cible je referai les explorations du sommeil. Qui sait ? Il se peut que les apnées aillent s’améliorer tellement que Madame n’aura plus besoin de sa machine et que nous pouvons retirer Monsieur de la liste d’attente pour la stomato.
Avant de quitter ma salle de consultation Monsieur m’a expliqué le secret de leur réussite. ‘Avant on ne savait pas manger, maintenant même quand on n’a pas beaucoup sur l’assiette on sait que ça suffit car les nutritionnistes nous l’ont dit. Et on se sent mieux’. Avec une confiance absolue dans les pouvoirs de l’équipe médicale ils ont suivi à la lettre les consignes. Ça marche. On ne devrait pas être surpris. Et si c’était aussi facile pour les autres….

Une réflexion au sujet de « Et j’avais tort… »

  1. quelle belle histoire!! un zeste de confiance dans le corps médical, et un brin d’amour conjugal, la recette idéale pour retrouver une ligne d’enfer!

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