J’en ai marre…

J’en ai marre de ma machine, je veux la casser, m’étrangler avec ce… cet espèce de tuyau, écraser mon masque…

Mon patient, habituellement effacé derrière ses lunettes épaisses de comptable, devient rouge de colère et tord son carnet de prestataire de manière assez troublante. Sa femme qui lui a accompagné lors de ses consultations précédentes a préféré rester dans la salle d’attente. Ce qui ne m’étonne pas devant une consultation qui risque être délicate.

Je dois avouer, les consultations avec les patients en colère ne sont pas mes consultations préférées. Je sais que je dois en faire avec, je m’adapte, je fais de mon mieux, mais elles me troublent. Parfois pour des jours et des semaines après. Histoire de faire même les insomnies à un médecin du sommeil – drôle non ? J’ai des collègues super dynamiques qui adorent les consultations ‘difficiles’, qui vantent leurs capacités de calmer les situations les plus houleuses avec des familles entières. Moi, j’ai la flemme.

Donc j’ai réfléchi un peu avant de répondre. Avantage, le patient pense que je prends sa situation au sérieux. Et je décide d’aller droit au but. Je ne vais pas essayer de convaincre que sa machine marche bien, lui fait du bien, car je n’y arriverai pas, et je n’ai pas envie qu’il m’étrangle avec son tuyau. J’attaque avec l’évidence: ‘vous êtes fâché avec votre machine….’ Et là, ça sort. Comme un abcès quand j’étais interne en chirurgie mais avec les paroles en place d’un bistouri. Oui il s’est fâché avec sa machine, c’est ringard la machine, c’est nul dormir avec un masque sur le nez, la machine ne lui a pas apporter une bénéfice, et la preuve c’est qu’ il vient de se faire licencier, et comment va-t-il trouver un boulot à son âge, et sans boulot que se passe-t-il pour sa famille… A moitié noyé par le flot des mots qui inondent ma salle de consultation je comprends ce qui se passe : licenciement, anxiété importante, plus qu’un brin de déprime : de quoi faire les insomnies en bref, et avec les insomnies pas question d’utiliser la machine.

Tout comme au bloc opératoire, le fait de lancer l’abcès a eu un effet positif : nous avons pu terminer la consultation en tranquillité avec un suivi bien organisé et même sa machine (il la donne sa deuxième chance…). Et une fois qu’il a quitté ma salle de consultation j’ai eu le temps de réfléchir. Il me semble qu’un refus de machine ne soit que rarement dû à un problème technique (les problèmes techniques ne sont pas dans mon expérience, insurmontables), mais plutôt de tout ce qui passe autour dans la vie du patient: une complexité qui me fascine. Dormir avec une machine, cette modification dramatique des habitudes de sommeil acquis depuis des décennies est fragile et le geste prends un bon moment pour s’enraciner. Un imprévu, des difficultés dans la vie courante… tout peut déstabiliser cet équilibre fragile. Et quand rien ne va, il est facile de se retourner contre la machine qui vous regarde chaque soir de votre chevet et se moque de vos efforts de s’endormir.

8 réflexions au sujet de « J’en ai marre… »

  1. commenter ce texte ….impossible! chacun a ses soucis de diverses ordres. mais je dois dire que c’est pas de mettre le masque qui me gene , c’est que ca ne dure pas toute le nuit à 90% ! on se leve au toilettes et on le remet pas ! onla degraffe parce qu’il ya une apnée trop forte et on se retrouve avec 4 h30 de masque sur 7 h de sommeil…et pourtant 7h de masque ca change la journée. et tous les soirs je me demende combiende temps je vais la mettre… je passe le clavier a celui qui lit mon message…

  2. pssiitt ! je trouve ca bizarre ! un blog tres au point , 5% de la population touchée ( 1.2million) et pas 3 ou 4 pseudos pour discuter….triste!

  3. Vous savez pour lancer le forum du Reseau Morphée il a fallu 4 ans…. Alors ce n’est pas en 2 mois qu’on arrive à se faire connaitre, aussi bien soit le support, mais ça commence à bouger… Rv dans 2 mois! :)

  4. c’est bien d’avoir l’avis d’un doc, de voir les choses par ses yeux. On a plein de solutions aux problèmes des patients, une meilleure communication entre les techs et les docs serait un plus énorme pour les patients. Des ateliers réunissant patients, doc et tech, et où tout le monde apporte son expérience, c’est AMHA l’idéal pour aider les patients à problème.

  5. Un réveil en apnée est très angoissant: le cœur bat à cent à l’heure, on a l’impression d’être totalement bloqué, ne plus jamais être capable de respirer… et c’est à ce moment là qu’on comprends ce que notre corps vit à répétition, toutes les nuits et dans votre cas 60 fois par heure. Mais il faut arriver à un moment ou on accepte l’appareillage, ou on est prêt à lui donner sa chance, ou on ressent un vrai besoin. Sinon on va en avoir marre de la machine et à mon avis pour certains il faut mieux retirer la machine pour un petit moment, plutôt qu’entrer dans une lutte homme-PPC… Ce qu’il a su faire votre pneumo et voila quelques années plus tard, vous êtes réconcilié avec l’idée de a machine. Grace à votre PPC vous n’allez plus faire les apnées angoissantes et vous allez retrouver votre forme. Dormez bien!

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