Manger-bouger-respirer

Je me déplace en vélo : mon joli vélo assez lourd avec panier de mémé, chaines, lampes clignotants, casque,  gilet fluo  de sécurité très moche… et une fois que je retire ma blouse et monte sur mon vélo je me suis rendu compte que je suis invisible. Je ne suis plus médecin. Je peux passer devant mes patients fraîchement sortis du labo sommeil portant les traces de colle dans les cheveux et ils ne me connaissent pas. Un plus pour éviter les consultations sur le chemin, et un moyen d’observer mes patients. Mes patients comme Mme L. qui était en train hier soir  de monter lentement  dans sa voiture pour tracer les quelques centaines de mètres qui séparent sa domicile de l’hôpital.  Lentement parce qu’elle souffre d’une obésité morbide, une arthrose aux genoux (pas surprenant vu le poids qu’ils sont censés de porter ses pauvres genoux) et  parce qu’en raison d’un mauvais sommeil elle est fatiguée. Très fatiguée. Épuisée même. Devant son ronflement  j’ai fait un enregistrement et confronté par son IAH spectaculaire (prix de la semaine sinon du mois) et ses désaturations d’oxygène tout au long de la nuit  je lui ai donné la mauvaise nouvelle qu’une machine de PPC sera nécessaire. Il se peut aussi que les fruits de notre consultation pesaient sur ses épaules.

Tout en pédalant comme une malade sous la pluie battante une question posée par phiver sur les liens entre apnées, obésité et fonction respiratoire m’a fait réfléchir… On sait que l’obésité augmente les apnées par un processus d’accumulation des graisses dans le pharynx. Que les apnées déstabilisent la sécrétion des hormones de ghréline et de léptine et mènent à une prise de poids. Qu’une obésité morbide peut diminuer la ventilation nocturne avec une rétention de dioxide de carbone (maux de tête, insuffisance respiratoire) : bref on sait plein de choses, mais on n’arrive que rarement  à faire en sorte que nos apnéiques perdent du poids. Dans les rares cas où ils arrivent, les apnées s’améliorent et certains voient la disparition quasi-totale de leur syndrome d’apnées du sommeil.

  L’obésité de Mme L datent depuis toujours me dit–elle. Sa mère, ses sœurs, sa grand-mère maternelle, toutes pareilles. Elle ne mange rien, m’assure-t-elle, et fait son maximum pour perdre du poids. Je soupçonne que son interprétation de manger-bouger fait référence au  long trajet qui sépare son fauteuil du frigo.  Je conclus que son obésité a été présente avant les apnées, et donc que l’obésité est responsable pour les apnées et pas l’inverse. Trop tard pour la prévention alors.  Un régime ? Elle en a fait des centaines.  Un suivi par une diététicienne/médecin nutritionniste ? Elle les a tout consultés. On passe à la vitesse supérieure : consultation  hospitalière dans un service de nutrition/ chirurgie bariatrique? Déjà en cours, mais sa diabète+hypertension+troubles cardiaques n’a pas encouragé le chirurgien. Je comprends parfaitement son attitude: les interventions sur les personnes très obèses posent un réel danger pour le patient et d’autant plus quand le terrain est compliqué par les maladies chroniques. Il ne me reste qu’à faire mon travail. Je vais l’appareiller, suivre ses troubles respiratoires nocturnes et croiser mes doigts pour un miracle : que sa machine améliore  son sommeil (pas difficile ça), la qualité de sa vie, et lui donne une envie de bouger plus et manger moins. Affaire à suivre…

6 réflexions au sujet de « Manger-bouger-respirer »

  1. bouger c’est le maitre mot ! et votre histoire de promener le chien du voisin excellente!

    j’ai une question importante
    je dors SANS oreiller traversin. cela a t il un incidence sur l’apnee du sommeil? est ce possible de REdormir avec oreiller 30 ans après?
    pourquoi je vous pose cette question : je veux changer de literie !!!(pour mieux dormir)
    à vous lire!

  2. excellente question… si vous avez l’habitude de dormir sur le ventre il sera difficile de s’adapter à dormir sur le dos avec ou sans oreiller. Typiquement les apnées s’empirent en position décubitus dorsale (sur le dos) et je passe mon temps à essayer de faire en sorte que les patients atteint des apnées ‘positionnelles’ dorment sur les cotés. Et je trouve qu’il est drôlement difficile de faire en sorte que les gens changent leur position préférée, et qu’ils y restent toute la nuit. Ajouter un oreiller si vous n’en avez pas l’habitude risque déstabiliser votre sommeil au moins initialement, mais aura probablement un effet bénéfique au niveau cervicale…

  3. Excellente question …Excellente réponse!
    je « crois « dormir sur le coté et come vous le dites les habitudes sont vieille de l’adolescence ….( date je pense de mes premieres apnées…) merci de ce point de vue Zephyrus…

    dommage qu’on ne sache pas QUI vous etes mon cher ou ma chère…vous tes medecin specialisé dans le sommeil ca cest sur et c’est meme votre passion…
    mon MP vous est ouvert
    phiver patient impatient

  4. Bien mauvaise nouvelle cette am . je vois mon pneumo quiest extra .auparavant je me pese…..encore pris 2kg en4 mois !!!!!148 pour 188 cm !
    Y A URGENCE à baisser DRASTIQUEMENT CE POIDS .en FAISANT DU SPORT!!!!!!!
    connaiteriez vous des solutions encadrés? là ca craint méga grave! et ce pneumo a eu une phrase magnifique.Plutot de me dire de maigrir il m’a dit qu’en grossissant en coreun peu il serait obligé de changer les reglages machines qui sont parfaits.ca c’est de la diplomatie!

    • C’est compliqué! Il y a tellement de facteurs qui interviennent: les mauvaises habitudes, le manque d’activité physique, un sommeil irrégulier, la dépression, le stress… Faut il envisager la chirurgie bariatrique? De plus en plus de mes patients y pense. Les effets à court terme sont spectaculaires, mais on manque de recul à 5 ans.

  5. il me semble que c’est un peu la nature qui m’a fait ainsi . Et je ne critique pas : car enfin connaissez vous 10 personnes ayant maigri ET conservé leurs nouveaux poids? moi non! pas une! plus que les facteurs que vous avez décrit, c’estla confusion psychologique qui moi me joue tous les tours de la vie. et cette confusion fait baisser drastiquement ( encore!) la confiance en soit! pas de confiance en soit c’est assurement compenser .pour moi c’est la compulsvité alimentaire plutot par exemple que sexuelle ( alors que le sexe quand il est fait avec la personne que l’on aime retablit la confiance si ca se passe bien)

    je me permets de m’etaler mais pourquoi pas!
    je me demandais si une veritable longue cassure d’1 ou 2 mois dans un etablissement specialisé pourrait regénérer la confiance sur la nutrition.
    enfin des ce matin je fais rentrer moins de calories on verra bien!

    ps excellente nuit continue avec ppc ouaaah ca fait du bien ! mais c’est pas toutes les nuits comme cela..

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