un train peut en cacher un autre…

Malgré le temps maussade j’ai été hier soir à une réunion d’un réseau de santé dédié aux troubles et psychiatriques. Nous avons démarré avec un cas clinique d’un des psychiatres – un excellent psychiatre d’ailleurs – mais qui montre à tel point les apnées puissent pourrir la vie.
Sa patiente souffrait de dépression : une dépression envahissante, qui rendait son travail un enfer, qui sapait sa motivation, qui l’isolait de sa famille, et qui lui poussait à des fringales responsable pour ses 100kg – source d’angoisse et de dépression. Le cercle vicieux, quoi. Les consultations hebdomadaires, les coups de fils lors de crises, les traitements antidépresseurs à répétition, les petites améliorations suivaient par des échecs et toujours, toujours, une fatigue.
Au bout du rouleau – même les psychiatres les plus gentils y arrivent de temps en temps – on propose les consultations conjointes avec un psychologue. Pas d’amélioration. Rien. Et ensuite, un jour sa patiente ne l’appelle pas – une semaine passe, deux, trois et notre ami s’inquiète. Imagine la pire. Appelle la famille qui dit que ça va. Et la patiente arrive en consultation. Souriante. Un jamais vu.
Devant cette transformation impressionnante le psychiatre demande ce qui s’est passé. Un traitement antidépresseur qu’il n’a pas essayé ? Un miracle ? Pas vraiment. Un médecin généraliste qui, confronté par une plainte de fatigué et le constat d’un surpoids impressionnant l’a envoyé faire une exploration du sommeil. Sans se poser des questions sur la dépression, les traitements, le manque d’entourage…
Vous connaissez les suites : un syndrome d’apnées du sommeil, une machine de pression positive continue, une réticence à l’appareillage et une galère pour le démarrage mais avec l’aide de son technicien (très gentil lui aussi) une réussite. Les nuits tranquilles, une sensation d’avoir bien dormi, une amélioration des symptômes dépressifs…et tout va bien. Jusqu’au jour quelque mois plus tard où elle arrive en catastrophe chez notre ami. Plus rien ne marche, elle arrive au fond d’un puits de déprime, il faut un traitement renforcé, un psychologue… mais (heureusement) elle pense aussi à faire appel à son technicien – qui règle les fuites de son masque et hop, re bon sommeil, re bon humeur…
Cette histoire a frappé notre ami psychiatre, qui l’a raconté avec beaucoup d’humilité et de bon humeur, sincèrement content qu’une solution a été trouvé pour sa patiente, et soucieux de ne plus passer à côté des troubles du sommeil. Avant de partir je lui ai proposé un essayage de machine de PPC – essentiel afin de comprendre ce que nos patients apnéiques vivent toutes les nuits – et, comme tout professionnel de santé qui voit pour la première fois une machine de PPC il a été frappé par le fait que les machines de nos jours sont petites, silencieuses et relativement confortables.
Les liens entre les apnées et la dépression ont été démontrés par les études : environ 20% des apnéiques sont déprimés. A mon avis il faut penser aux apnées devant une dépression qui ne s’améliore pas, surtout dans le contexte d’un surpoids, d’un ronflement et des arrêts respiratoires, et de savoir que même une patiente très handicapé par sa dépression peut s’adapter à sa machine et en tirer un bénéfice. Et finalement, qu’un train peut en cacher un autre…

Bordeaux 2012: une histoire des merlettes

Les somnologues de toute France entier se sont retrouvés la semaine dernière parmi les conférences scientifiques de haute qualité, les stands de fabricants de machines de ventilation, des prestataires et des associations du sommeil  – Respir@dom et le réseau Morphée ont été bien présents et très actifs.  Nous avons salué les amis que nous n’avons pas vu depuis 2011, concerté sur la prise en charge de nos patients, échangé sur nos études et cette semaine nous se retrouvons de nouveau dans nos cabinets et dans nos services  pleine d’enthousiasme et d’idées pour mieux prendre en charge nos patients.

Un congrès doit être un lieu d’inspiration et de motivation, un moyen de nous sortir du train-train de tous les jours et Bordeaux 2012 a pleinement réussi. Je vous ai promis une synthèse des nouveautés – mais je me trouve devant un embarras de choix. Faut-il parler des effets de l’obésité sur la fonction respiratoire et les apnées,  des études  IRM chez  les patients dans un état végétatif, les conséquents d’un manque du sommeil et sa prévalence en France, de la dépression et les jambes sans repos  ou de une dizaine d’autres sujets tous aussi passionnantes ?

Finalement je vais vous raconter une petite étude qui touche sur l’horloge biologique –car je vois en consultation régulièrement les personnes qui ont négligé leur horloge avec des conséquents catastrophiques. L’étude concerne un zoologue qui a étudié les merlettes : les merlettes qui vivent en ville et les merlettes de la forêt.  Notre zoologue a enregistré les chansons des oiseaux et a conclu qu’en raison de la lumière artificielle en ville, les merlettes s’activent plus tôt le matin et restent actif pendant plus longtemps – tout comme les êtres humains. Les merlettes sont-ils privés du sommeil en ville ? Peut-être. Ils ont certainement un affaiblissement des synchroniseurs de l’horloge. Je me pose la question de si les merlettes en ville arrivent à dérégler leurs horloges et donc souffrent de la somnolence pendant la journée, sont irritables, prennent du poids et se dépriment – tout comme mes patients qui n’ont plus de repère et qui vivent dans un jetlag permanent. Il va falloir priver les merlettes de la lumière le soir (pas question d’ordi pour les merlettes ados ni de camper à coté des lampadaires pour les adultes) afin qu’ils retrouvent les bons signaux et que leurs voix s’unissent le matin en choeur pour fêter l’aube.